La Pierre Pleureuse

Avant de vous quitter pour une semaine en Bretagne, à partir du 9 août, je vais imprégnier mon blog de cette région qui m’attire énormément. Voici une légende que j’apprécie malgré sa tristesse finale. Elle est tirée d’un livre se nommant "Contes populaires et légende de Bretagne".
 
La Pierre Pleureuse
 
"Pour rentrer plus vite chez lui, un paysan traversa, après crépuscule, un bout des landes de Lanvaux, réputées maudites.
Cet homme était courageux et s’il passait par là ce n’était nullement par bravade et irrespect envers la Malédiction mais parce que, mis en retard par de longs marchandages à Rochefort, la ville voisine, il ne voulait pas que les soins de sa ferme en souffrissent.
En un endroit de la lande s’élevaient les ruines d’une chapelle, privée depuis la Révolution de la statue du saint auquel elle était vouée. Des sans-Dieu et culottes, mais jobards privés ni de l’Un ni des autres, l’avaient enlevée de sa niche et réduite en cailloux. Depuis, personne au pays ne s’était soucié de remettre à la place vide une nouvelle effigie soit en platre, soit en bois, en pierre ou simple image sur papier. Maintenant, à défaut du bon vouloir des hommes, seules les herbes, les ronces et la mousse y veillaient avec indifférence.
Or, en passant devant la ruine, notre attardé distingua, remuant entre les herbes, une grosse boule sombre. Il s’en approcha et, après un sursaut de dégoût, s’aperçut que c’était un hdeux grouillement de limaces. Jamais il n’en avait vu autant ainsi réunies, grimpées les unes sur les autres, amalgamées en si grouillante assemblée.
Ramassant un bâton, il les écarta malgré sa répulsion, afin de voir sur quoi elles s’entassaient. Mais il ne découvrit que cette grosse pierre de granit anormalement arrondie et lissée par de mystérieux frottements ; cette pierre bien connue de tous, appelée la pierre pleureuse parce qu’elle semblait enduite de larmes sèches, et qui s’acharnait à vouloir coûte que coûte rester fidèle à la chapelle morte, y revenant toujours comme d’elle-même chaque fois qu’on l’emportait, soit par utilité : pour borner un champ, pour caler une roue de charrette – ou, même comme le fit une fois de son propre chef, cet homme devant lequel un mystère se révèlait enfin, pour combler une ornière – ou plus souvent encore par amusement afin de voir si elle reviendrait là, ou non, et en combien de temps.
Tout en se demandant pourquoi ces limaces trouvaient à leur goût cette pierre chagrine, il les fit tomber une à une avec le bout d’un bâton et, ce faisant, il crut entendre des petitesvoix lasses. Puis une seule parla :
– Autant, dit-elle, que tu saches tout de suite ce que nous faisons puisque, dès cette nuit, par péché de curiosité et irrespect des choses de l’au-delà, tu vas être des nôtres. C’est ainsi, nul ne peut nous déranger sans être puni à se joindre à nous dans les heures qui suivent. Sache que nous sommes les âmes, que l’on dit mortes, de tes précédents au pays. Depuis  cent cinquante ans celle de chaque défunt, quel que soient  son âge et sa qualité, est condamnée à venir éternellement ici chercher à sculpter la pierre que tu vois afin de lui donner les formes du saint rancunier que nos devanciers ont jadis négligé de remplacer… Chaque nuit la damnation sans pitié vide entièrement le cimetère, et chacun doit oeuvre avec les forces qu’il avait au moment de son trépas, tant pis si à ce moment il était en douleur, sa douleur continue ; tant mieux s’il était en force, sa force persiste et nous aide, il fait le travail des vieillards et des enfants… ainsi ta robustesse va nous être utile. Les vivants ignorent notre punition qui, un jour, sera également la leur si bien que, lorsqu’ils déplacent ou emportent cette pierre, ils  ne savent le mal qu’ils nous font car nous devons aller la rechercher où qu’elle se trouve et la ramener ici en la faisant rouler. Telles que tu nous vois en ce moment, nous la roulons depuis trois mois et il nous faudra encore vingt-huit nuits avant de la remettre à sa place dans la chapelle… Mais, en regard d’avoir à la sculpter, c’est une tâche encore facile… Jamais nous y arriverons et ne gagnerons jamais notre Paradis… Allons, à présent va vite chez toi et dis un tendre adieu à chacun des tiens…
Rentré chez lui, il raconta tout à sa femme qui en fut moulue de tristesse mais réussit à retenir ses larmes. IL la consola en disant que c’était une histoire à dormir debout… qu’il avait cru faire cette étrange rencontre. Elle approuva avec tendresse et amertume. Il fit son travail et se coucha sans plus y penser.
Au matin, on le trouva froid dans son lit, les traits creusés et les muscles tendus comme si, dès son entrée en mort, il ui avait fallu assitôt accomplir une épuisante tâche ! Mais la femme pleura sur une condamnation qu’elle savait déjà depuis six mois puisque le médecin ne lui avait pas caché que son homme partirait sans prévenir, sur une brusque lâchée du coeur."
 
Alors, après avoir lu cette histoire, faite bien attention en modifiant ce que fait la nature. Vous pourriez être le (ou la) responsable d’un act décevant sans le savoir et le regretter plus tard. C’est peut-être notre souci avec le réchauffement de notre planète. A y réfléchir. 
Cet article a été publié dans Légendes et tradictions de nos régions. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour La Pierre Pleureuse

  1. Hervé dit :

    Bonsoir
    C\’est une belle légende mais triste.
    Fere en Tardenois se trouve a coté de Chateau Thierry,
    c\’est une jolie tite ville entourée d\’une belle region.
    Oui je m\’en suis rendu compte, tu t\’interesses aux megalithes
    et dans ma region il y en a quelques\’un ( Pierre Clouise)
    A bientot Hervé

  2. Lutine dit :

     
    Bonjour,
     
    Même si il est triste c\’est un très joli poème, sourire…
    Belle ballade que la mienne en ces lieux.
     
    Lutine.
     

  3. Ar Men dit :

    Bonsoir!
    Joli conte, comme je les aime….
    Alors, bientôt sur les chemins de Breizh? Motivé?
    A plus! Bisous…..

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